À compter du 16 juin 2026, le dépistage de l'exposition au cadmium est pris en charge à 60 % par l'Assurance maladie pour les patients à risque, en laboratoire de ville — le reste relevant de la complémentaire santé, hors participation forfaitaire de 2 €. La mesure découle d'une décision de l'UNCAM publiée au Journal officiel le 2 juin 2026.
Le test, prescrit par un médecin, repose sur un dosage urinaire (cadmiurie) en première intention ; un dosage sanguin (cadmiémie), lui aussi remboursé, peut le compléter si le taux urinaire est élevé. Il concerne les personnes potentiellement surexposées du fait de leur lieu de résidence (sols reconnus pollués) ou suivies pour une intoxication chronique.
Source : Service‑Public — décision UNCAM du 28 avril 2026 ›Ces dosages doivent être réalisés dans les conditions définies par la HAS.
1Qu'est-ce que le cadmium ?
Le cadmium (symbole Cd, numéro atomique 48) est un métal lourd naturellement présent dans les sols, les minéraux et les eaux, à de faibles concentrations (environ 0,2 mg/kg dans les sols). Décrit pour la première fois par Friedrich Stromeyer en 1817, il est aujourd'hui l'un des contaminants environnementaux les plus préoccupants pour la santé humaine.
Contrairement au zinc — auquel il est chimiquement proche — le cadmium n'exerce aucune fonction physiologique connue dans l'organisme humain. Il est classé cancérogène de groupe 1 par le CIRC (IARC Monographs 2025), son caractère cancérogène étant démontré chez l'être humain. Il est également reconnu comme substance toxique pour la reproduction et mutagène (INRS, Fiche toxicologique 2022 ; Ameli.fr).
Sa caractéristique toxicologique la plus préoccupante est sa demi-vie biologique de 16 à 30 ans dans l'organisme. Une fois absorbé, il s'accumule dans le cortex rénal, le foie et les os, sans que l'organisme puisse l'éliminer efficacement. Dans le sang, la demi-vie est plus courte (80 à 100 jours), ce qui explique que le dosage urinaire reflète l'imprégnation chronique et le dosage sanguin l'exposition récente (INRS Biotox 2018).
2Sources d'exposition
L'alimentation — voie dominante pour la population générale
Pour les non-fumeurs, l'alimentation est la première source d'exposition. Le cadmium passe du sol vers les cultures puis vers notre alimentation. En France, les apports en cadmium dans les sols agricoles se répartissent ainsi (ANSES, 2026) :
- Engrais minéraux phosphatés : 55 % des apports — source principale identifiée
- Effluents d'élevage : 25 % des apports
- Dépôts atmosphériques : 14 % des apports sur les sols agricoles
- Boues et composts : 5 % des apports
Les aliments les plus contributeurs sont les céréales, le pain, les pommes de terre, les abats et les fruits de mer. L'agriculture biologique ne protège pas intégralement : la contamination des sols reste la cause racine (ANSES, 2026).
Le tabagisme — facteur aggravant majeur
40 à 60 % du cadmium inhalé est absorbé par les poumons, entraînant des taux sanguins 4 à 5 fois plus élevés chez les fumeurs réguliers que chez les non-fumeurs (revue de littérature, Univadis 2025). L'absorption digestive n'est que de 5 %, et cutanée de 0,5 % (INRS Biotox 2018).
Expositions professionnelles
Métallurgie, production d'engrais phosphatés, batteries nickel-cadmium, soudure : ces secteurs nécessitent une surveillance biologique réglementaire renforcée. La VLEP-8h réglementaire contraignante est fixée à 0,004 mg/m³ (fraction inhalable, article R. 4412-149 du Code du travail — INRS, FT 60), avec abaissement à 0,001 mg/m³ au 12 juillet 2027 (INRS, novembre 2023).
Une exposition liée au lieu de résidence
La teneur des sols en cadmium varie fortement selon la nature géologique du terrain : certaines zones, notamment sur roches calcaires ou formations détritiques, présentent des concentrations naturellement élevées. C'est ce déterminant géographique qui fonde le critère de « lieu de résidence » ouvrant droit au dépistage remboursé.
Établie à partir de plusieurs milliers de prélèvements répartis sur tout le territoire (réseau RMQS), elle distingue deux types de zones riches en cadmium :
- D'origine naturelle (géologique) — les sols développés sur roches calcaires héritent de teneurs élevées : Jura, Champagne, Charentes et Causses du Massif central en sont les exemples les plus marqués. Une concentration forte n'y traduit donc pas forcément une pollution.
- D'origine agricole — la répartition recoupe nettement les zones d'épandage d'engrais minéraux phosphatés, principale source anthropique. Certains territoires cumulent ainsi fond géologique élevé et apports humains.
C'est cette cartographie des sols qui éclaire l'alerte de l'ANSES de mars 2026 : le cadmium passe du sol aux cultures puis à l'assiette (pain, céréales, pommes de terre, légumes), aboutissant à une surexposition d'environ un adulte sur deux, les enfants étant les plus touchés. Elle fonde aussi le critère « lieu de résidence » du dépistage remboursé.
En savoir plus : décryptage de la carte des sols (data.gouv.fr) ›3Effets sur la santé
La toxicité du cadmium est liée à la dose cumulée au fil du temps. Une exposition prolongée, même à faibles doses, peut avoir des conséquences multisystémiques.
4Surveillance biologique — le rôle du laboratoire
La biologie médicale dispose de deux marqueurs complémentaires, non interchangeables, pour évaluer l'exposition au cadmium (INRS Biotox 2018 ; ANSES 2018).
| Examen | Ce qu'il mesure | Valeur limite — ANSES 2018 |
|---|---|---|
| Cadmium urinaireRéférence | Imprégnation chronique cumulée. Urines du matin recommandées. | VLB : 5 µg/g créatinine Suivi tubulaire dès 2 µg/g |
| Cadmium sanguin | Exposition récente ou en cours. Demi-vie sanguine : 80–100 jours. | VLB : 4 µg/L sang total |
| RBP urinaire | Marqueur précoce d'atteinte tubulaire rénale proximale. | VBR : 250 µg/g créatinine |
| Bêta-2-microglobuline | Second marqueur tubulaire. Prélèvement sur 2e miction du matin, tamponné à pH 7. | VBR : 250 µg/g créatinine |
Tout résultat doit être interprété par un biologiste médical en tenant compte du contexte clinique, du tabagisme et de l'alimentation récente (éviter abats et coquillages 3 jours avant prélèvement — INRS Biotox 2018).
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5Réduire son exposition
- Arrêter le tabagisme : mesure individuelle la plus efficace pour réduire l'exposition par inhalation
- Varier son alimentation : ne pas surconsommer céréales raffinées, abats et fruits de mer
- Dose hebdomadaire tolérable FAO/OMS : ne pas dépasser 0,4–0,5 mg de cadmium/semaine (60–70 µg/jour)
- Agriculture biologique : ne protège pas intégralement — la contamination des sols reste la cause racine (ANSES 2026)
- Au niveau collectif : l'ANSES recommande d'abaisser les teneurs des engrais phosphatés (< 20 mg Cd/kg P₂O₅) et de plafonner les apports à 2 g Cd/ha/an (recommandations 2019, confirmées 2026)
6Questions fréquentes
📚 Sources et références scientifiques
- ANSES — Expertise 2026 : Agir dès présent à la source de la contamination des sols. anses.fr
- ANSES — Avis VTR cadmium, valeurs sanitaires repères biologiques. 2019. anses.fr
- INRS — Base Biotox : Cadmium urinaire et sanguin. 2018. inrs.fr
- Santé publique France — Étude ESTEBAN 2014–2016. Biosurveillance de la population.
- CIRC/IARC — Monographs Volumes 1–139, 2025. iarc.who.int
- Ameli.fr — Qu'est-ce que le cadmium et en quoi est-il nocif pour notre santé ? Consulté avril 2026.
- ANSES — EAT3 (Troisième Étude Alimentation Totale), 2025.
- HAS — Recommandations de bonne pratique : dépistage et suivi des personnes surexposées au cadmium.
- Cahiers de la Recherche ANSES n°22 — Cancer du pancréas et cadmium. Octobre 2023.
- Revue de littérature multi-systémique cadmium — Univadis, 2025.
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